Quand les mots font horreur - Sheryl Caswell

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Quand les mots font horreur

Quand les mots font horreur - Sheryl Caswell

Je suis hypersensible, c’est vrai. Ce n’est pas une raison pour me dire que je sois la personne la plus instable qui soit. Il y a des jours, rien qu’à la prononciation du mot sang, je peux tourner de l’œil. Ce n’est pas pour autant que je manque de courage. J’ai tout simplement dans mon corps, un fluide qui provoque un malaise, à la simple idée d’en voir une goutte. J’avais une amie qui avait décidé de me faire faire la connaissance d’un de ses amis qui était chirurgien. Nous avions rendez-vous ensemble dans un restaurant mexicain que j’appréciais particulièrement, qui était situé sur la rue Saint-Denis. Nous étions cinq, et la soirée s’annonçait très bien.

Nous étions en train de faire connaissance, quand nous entamions les hors-d’œuvre. Chacun y allait de sa petite histoire, qu’elle soit familiale ou professionnelle. Arriva le moment redouté de la soirée. Ce cher chirurgien tenait absolument à raconter sa dernière intervention, soit le traitement de varices laser. Il avait à peine commencé à donner quelques détails, que je commençais à avoir le mal de mer. Lorsqu’il s’enfonçait dans d’autres détails, je tanguais littéralement sur ma chaise, à essayer de ne pas ressortir ce que je venais de manger directement sur la table. Lorsque mon autre ami s’en aperçut, il était grand temps de m’accompagner aux toilettes. Je ressortais de celles-ci en courant, prenant la direction de la rue pour m’asseoir sur le trottoir. Il me fallait absolument respirer de l’air un peu plus frais que celui à l’intérieur du restaurant.

Les deux autres qui me connaissaient déjà depuis un certain temps, éclataient de rire à voir ma réaction. Seul le chirurgien me regardait comme si j’avais eu l’intention de déranger son récit. Il resta assis et paraissait complètement gêné par mon comportement. Il n’avait jusqu’alors jamais vu un phénomène comme moi. Lorsque je me rasseyais à table, je lui demandais de tout simplement éviter de prononcer un terme qui a une relation avec le sang ou la chirurgie. Il se leva d’un bond, et sur un ton colérique, me cria à la figure : alors autant que je me taise et que je m’en aille ! Les autres insistèrent à lui demander de se rasseoir, mais il partait. Je me levais pour le rattraper, et lui disais qu’il n’avait rien à y gagner de me voir sombrer dans un malaise vagal en plein milieu d’un restaurant. Il revenait, mais continua à parler de son travail. Je terminais la soirée avec les doigts dans les oreilles. Sympathique le gars !