Mes enfants - Sheryl Caswell

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Mes enfants

Mes enfants - Sheryl Caswell

J’avais l’habitude de sortir presque tous les samedis après-midi, pour faire des courses. J’emmenais ma mère en même temps, pour lui faire les siennes, et elle pouvait ainsi tenir compagnie à mes enfants. Non pas qu’ils étaient petits. Non. Mais juste pour les dissuader d’aller sans arrêt dans certains rayons, et de vouloir à tout prix remplir mon panier de produits dont je n’avais aucun intérêt. Mon fils avait un ventre qui ne se remplissait jamais assez. Il avait toujours faim. Son jeu préféré, était de me remplir le panier d’un paquet de saucisses, et de je ne sais quoi d’autre de comestible. Quant à ma fille, son unique but en nous suivant dans une grande surface, était de pouvoir faire tous les rayons cosmétiques. Elle revenait sans arrêt avec deux ou trois produits, dont il paraît, selon ses dires, qu’ils étaient tous plus qu’indispensables. Ainsi, un jour, elle me faisait une crise pour avoir refusé de lui acheter une crème contre les taches solaires. C’était un monde.

Je ratais une marche un jour. J’avais été dans l’obligation de garder un plâtre pendant plus d’une semaine. Ma mère me proposa d’aller faire mes courses, et demanda à mes enfants de l’aider pour les porter. J’avais refusé plusieurs fois avant de céder. Je prenais le temps de faire une longue liste bien lisible, en soulignant en gras ce qu’il y avait de plus indispensable. Ils revenaient tous les trois, quatre heures plus tard. Ma mère semblait très gênée, et fuyait mon regard. Mes enfants, pour la première fois, semblaient très intéressés à faire le rangement des courses. Lorsque je me relevais difficilement en marchant à cloche patte jusqu’à la cuisine, je m’apercevais que tout le budget de la semaine avait été utilisé pour l’achat de diverses saucisses, quelques sachets de purée, des shampooings, des crèmes pour le visage, et je ne sais quoi d’autre. Je regardais ma mère qui semblait complètement gênée de n’avoir su se faire obéir. J’invitais tous mes amis le lendemain pour un barbecue, où je faisais cuire toutes les saucisses. Je distribuais aussi les quelques produits que ma fille s’était permis d’acheter aux filles d’un de mes amis. Toute la semaine, je faisais des œufs durs et des pâtes à l’eau. Je sentais bien que mes enfants me maudissaient et qu’ils me haïssaient d’agir ainsi, mais c’était bien la dernière fois qu’ils faisaient des courses à ma place. Ma mère y comprit.